Encore un peu de lecture sympathique

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Encore un peu de lecture sympathique

Message  An_onymous le Mer 17 Juin 2009 - 21:47

Scientologie : la victoire de la notion d’emprise (Libération d'aujourd'hui)
A la barre

Procès . Le parquet ne penche plus pour le non-lieu et prône la dissolution de la structure mère de la secte.

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Par GUILLAUME DASQUIE


Avec la plaidoirie de Me Patrick Maisonneuve, aujourd’hui, devant le tribunal de grande instance de Paris, les avocats de l’Eglise de scientologie achèveront de présenter leurs moyens de défense. Sans trop y croire, sonnés depuis le réquisitoire du parquet. Lundi soir, devant des hiérarques de la scientologie, blêmes, le ministère public a réclamé la dissolution pure et simple de la structure mère, l’Association spirituelle de l’Eglise de scientologie. Et quatre ans de prison avec sursis pour Alain Rosenberg, son gourou français, assortis de 150 000 euros d’amende.

Jamais une telle décision n’a été requise en France. Ce procès pour escroquerie en bande organisée intenté par une ancienne adepte de la secte, Aude-Claire Malton, a transformé l’appréciation du parquet de Paris. Au stade de l’instruction, le vice-procureur Jean-Paul Mazon avait demandé, le 4 septembre 2006, un non-lieu général pour les dirigeants et pour l’Eglise de scientologie, poursuivie en tant que personne morale. Après avoir écouté témoignages et expertises qui se sont succédé à la barre, les vice-procureurs Maud Morel-Coujard et Nicolas Baieto ont donc désavoué l’analyse de leur collègue.

Cette victoire, pour les associations de défense des victimes des sectes, a pour principal stratège Me Olivier Morice. Un avocat spécialiste des dossiers sensibles - comme celui concernant l’assassinat du juge Borrel. Sa plaidoirie contre la scientologie, débutée lundi après-midi, s’articulait autour de la notion d’emprise ; concept central au cours de ses dix années de défense du dossier (la plainte de sa cliente remonte à fin 1998). Me Morice a expliqué que cette emprise se manifeste par un «mécanisme de séduction, de persuasion, et de fascination ». Entamé par un test de personnalité destiné à installer un doute chez un être fragile, il consiste à développer un état de «suggestion psychologique», de manière systématique, selon un canevas prévu par la secte. Analyse démontrée par les éléments matériels recueillis par les cinq juges d’instruction, et largement étayée lors des débats. Au final, l’entreprise de manipulation des esprits a servi «des manœuvres frauduleuses conduisant les parties civiles à des remises de fonds importantes», a insisté l’avocat.

Cette démonstration-là a sapé la défense de la scientologie, axée depuis des années sur le consentement de ses adeptes à se délester de leurs économies. Dès lors que leur libre arbitre s’avère annihilé, difficile de s’en prévaloir. Conséquence, au plan du droit : les magistrats ont pu retenir, pour la première fois à l’égard d’une secte, le délit «d’escroquerie en bande organisée». Dont le nouveau code pénal, entré en vigueur en 1994, a prévu qu’il viserait aussi les personnes morales. Les deux vice-procureurs ont suivi ce raisonnement en appliquant - ni plus ni moins - les peines prévues pour les personnes morales reconnues coupables de tels faits : un ordre de dissolution.

An_onymous

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Et encore ...cette fois ci le portrait d'un ex sciento

Message  An_onymous le Mer 17 Juin 2009 - 21:48

Alain Stoffen, scientophobe
portrait (Libération, encore )

Ce professeur de piano belge de 48 ans fut un adepte de l’Eglise de scientologie, avant de dénoncer les méthodes de la secte, dont le procès en France s’achève aujourd’hui.


Par ONDINE MILLOT


Voilà bientôt un mois que, assis sur les bancs du tribunal correctionnel de Paris, on frémit au récit des méthodes de la scientologie. Dizaines de milliers d’euros escroqués, intimidations, humiliations, épuisement psychologique et physique à coups d’interrogatoires policiers, d’heures de sauna, de vitamines en surdose… Mais qui peut bien se laisser faire ça ? Las, ce procès pour «escroquerie» contre la secte se termine aujourd’hui, et si les éléments tirés de l’enquête semblent solides et étayés, les parties civiles, elles, sont restées désincarnées. Désistées, absentes ou en larmes. Détruites. Y a-t-il quelque part un ex-scientologue en état de témoigner ?

C’est toujours le même qui s’y colle, Alain Stoffen, 48 ans, professeur de piano et compositeur, évadé de la scientologie depuis 2001. Lui n’est pas directement concerné par l’actuel procès (1). Il attend toujours le sien, à l’instruction depuis 2002. Entre-temps, il a écumé les plateaux télé, écrit un livre (2) et reste, à une ou deux autres exceptions près, le seul ex-adepte à s’exprimer à visage non masqué.

Certes, il dit trop de fois qu’il n’a «pas peur» pour que cela ne ressemble pas à un mantra. Et nous fait tant jurer qu’on fera «attention» en écrivant qu’on se retrouve pétrifié face à l’écran. Prudent, pudique. Mais bavard, c’est notre chance. Ce même besoin de communiquer, ce «désir d’être reconnu» qui l’a poussé, il y a vingt-cinq ans, dans les bras de «l’organisation».

Il dépeint naïvement ses «rêves de jeune homme». Un «garçon sage», grandi dans une banlieue belge «à l’horizon étroit». Père comptable, mère au foyer, quatre sœurs au milieu desquelles, seul garçon, il s’efface et se confond. Isolé dans la cour de récré, enfant de chœur à la messe, la seule distraction familiale. Le père travaille pour une compagnie aérienne et bénéficie de billets gratuits. Pourtant, la famille n’a jamais pris l’avion. «Je les regardais atterrir, puis repartir. J’avais envie de décoller.»

A 22 ans, diplôme d’instituteur en poche, il ne se sent pas prêt pour la «vie d’adulte». Se croit contraint par le modèle parental à une morne existence : «sécurité matérielle»,«bonne retraite», renoncement à toute «fantaisie». Alors que, féru de piano, il se sait «artiste». La scientologie est un caméléon. Programmes de désintoxication pour les toxicomanes, de réinsertion pour les sortants de prison, de développement personnel pour ceux qui, comme Alain, sentent en eux vibrer une fibre inexploitée. L’organisation se présente à lui sous les traits d’une de ses vitrines, une académie de musique parisienne baptisée l’Ecole du rythme. Là, il pourra vivre de son art. «Sans hésitation», il démissionne de son poste d’éducateur en Belgique.

Assis dans le salon de son appartement de banlieue, Alain Stoffen a le charme caricatural et touchant de l’éternel romantique. Chemise blanche brodée, yeux pâles, mèche ondulée. Voix de miel, envolées lyriques sur les arbres et la musique. Posée à côté du piano, la partition de la BO de Titanic. On lui demande si la scientologie a profité de ses faiblesses, il se fâche. «Je ne vois pas pourquoi on dit que les gens qui adhèrent à la scientologie sont des faibles ! Moi, j’étais dans une démarche saine. Ce sont eux qui sont malsains.»

Il y a des mots auxquels il n’a pas pu résister. Les scientologues lui ont dit qu’il était «quelqu’un d’important». «Les artistes comme toi», ont-ils répété, jouent un rôle essentiel dans la société conçue par Ron Hubbard, le gourou fondateur. Un endroit leur est dédié, le Celebrity Centre, rue Legendre à Paris. Alain y est attendu. Il s’y inscrit à des «cours de communication». Une heure face à un adepte pour apprendre à «soutenir le regard de l’autre». «Ça m’a permis de surmonter ma timidité, un gain inestimable.» Avec ses nouveaux amis, qui l’accueillent au sein du «groupe», il a l’impression, enfin, «de ne plus être insignifiant».

Cette «lune de miel» ne dure pas. La scientologie est un parcours de montagnes russes : la succession «d’espoirs et de détresses» permet cette «aliénation» que Stoffen décrit avec précision. Il raconte d’interminables séances d’«électromètre». Un boîtier électrique dans chaque main, face à un instructeur, l’apprenti scientologue est bombardé de questions destinées à «faire rejaillir les traumatismes du passé». Sur le cadran de la machine, une aiguille doit refléter son «état mental». Souvent mauvais, d’où la facturation de nouvelles séances. Alain Stoffen lâchera 45 000 euros pour tenter de parvenir à «l’état de Clair», cet «épanouissement de la personnalité» qu’on lui fait miroiter. Lorsqu’un gros bras de l’organisation le menace parce qu’il n’a pas de quoi payer, lorsqu’il pense avoir épuisé tous les établissements de crédit de Paris, la même terreur infantile le terrasse : «la peur que le groupe me rejette». Suivent alors les cajoleries : la scientologie lui organise des concerts, on l’applaudit. Puis, à nouveau, des sommes colossales sont réclamées.

C’est l’amour qui va à la fois le perdre et le sauver. Une passion concurrente déclenchée par une «jolie blonde» scientologue, appelée Camille dans le livre. Leur histoire finira dans de sordides batailles judiciaires pour la garde de leur fils. Mais ouvrira les yeux au pianiste. Lui qui, jusque-là, a avalé vitamines, saunas, spoliations et vexations sans broncher ne supporte pas, soudain, que les scientologues se mêlent de son couple. Divorce, tours de garde, biens à vendre ou à partager : ils veulent tout gérer. Camille, toujours scientologue aujourd’hui, obéit. Stoffen se rebelle.

Lors d’une dernière tentative d’apaisement, on lui confie son «dossier d’éthique». Il n’a pas le droit de l’ouvrir mais doit l’emmener avec lui à Copenhague, dans un «centre européen» chargé de le «réparer». Dix centimètres d’épaisseur, des centaines de rapports le concernant. Il craque, arrache l’emballage et lit… jusqu’à en vomir. Des programmes expliquant point par point comment lui soutirer de l’argent. Des comptes rendus détaillant les moindres de ses faits et gestes. «Toutes les pressions, toutes les humiliations ont été méthodiquement planifiées. J’ai été la cible d’abus institutionnalisés.» Ce «dossier d’éthique» est la pièce maîtresse de sa plainte pour «chantage, escroquerie et extorsion en bande organisée». Il espère la voir bientôt aboutir. En attendant, il a repris son activité de prof de piano. «Il y a encore chez lui un syndrome de Stockholm, dit son avocat, Olivier Morice. Il a dû se battre pour arriver à dire publiquement du mal de la scientologie.» Cette médiatisation, Alain Stoffen s’en sert comme d’un bouclier. Pour se protéger. Pour assumer. «Le processus pour se reconstruire est plus long et plus difficile que le processus d’endoctrinement.» Honte, culpabilité, dépression. «Au début, je ne pouvais pas avouer que je m’étais fait avoir pendant quinze ans.» Aujourd’hui, il le dit. En souriant tristement. Et en soutenant le regard de l’autre.



4 novembre 1960: Naissance à Etterbeek (Belgique).

Octobre 1985: Premier «cours» de scientologie.

1994: Rencontre sa femme.

1998: Naissance de leur fils.

1999: Le couple se sépare.

2001: Découvre son «dossier d’éthique» et la façon dont il a été manipulé.

2002: Porte plainte contre la secte.

Septembre 2006: Le juge d’instruction rend un non-lieu.

Mai 2007: La cour d’appel infirme le non-lieu. L’instruction reprend.

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Message  liberation19 le Mer 17 Juin 2009 - 22:29

Alain Stoffen : J'ai eu entre les mains mon “dossier d'éthique”, un document ultra confidentiel où tout ce qui me concernait était soigneusement noté. Tout. Ça a été un véritable électrochoc, une collision frontale avec la réalité. J'ai alors pris conscience que j'avais construit quinze ans de ma vie d'adulte sur des mensonges, que j'avais subi un véritable viol. J'ai alors tout rejeté en bloc mais je n'étais plus que le résultat d'un conditionnement que j'avais suivi pendant quinze ans. Ce qui a été cauchemardesque, c'est que je ne savais plus ce qui m'appartenait, qui j'étais, où était le bon sens. Quand j'ai compris à quel point j'avais été dupé, j'ai eu un sentiment de honte et de culpabilité écrasant. Je n'étais plus Alain Stoffen, mais un scientologue, une sorte de clone à la Hubbard. Ça me faisait vomir.

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